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Marathon : Jusqu’où irons-nous ?

A l’aube du marathon de Valencia, quand chacun finalise sa préparation et va chercher au fond de

lui-même la motivation pour réaliser ses objectifs, que l’on soit athlète ou primo participant, la

pression est toujours la même et l’envie de réaliser « son » exploit est toujours présente.

Cependant on se pose toujours les mêmes questions quant au « chrono » : le sien mais aussi celui

des meilleurs. Les chiffres fascinent, notamment les chiffres ronds qui n’ont rien de plus que les

autres, mais ils jalonnent l’évolution des performances sportives (vitesses, distances, longueurs,

hauteurs, poids). Ils nous rappellent des athlètes exceptionnels et leurs performances toujours

inégalées (Mike Powell, Usain Bolt,…). En marathon les choses sont un peu différentes, de nombreux

athlètes tutoient les sommets, trustent les records avec toujours en tête le mythique temps des 2

heures.

A Berlin le 16 Septembre 2018 Eliud Kipchoge établi le nouveau record du monde en 2h,1mn et 39

sec. a plus de 30 ans ! Par le passé d’autres athlètes ont établi des records mondiaux sur la discipline

à 38 ans, voir 57 ans alors que les capacités physiologiques ne progressent plus beaucoup après 30

ans (VO2 max*) notamment chez les athlètes au sommet de leurs performances. *On sait

maintenant que la VO2 max. peut progresser au-delà de 30 ans dans les cas d’une reprise tardive du

sport ou lors de périodes de sédentarité prolongée. En revanche ce n’est pas le cas chez un athlète

entrainé qui est dans ses objectifs sportifs (FVO2mx : fraction d’utilisation de VO2max.)

Pourtant, le chrono est tombé ! Moins de 2h sur la distance du marathon ! On pensait cette

performance humainement non réalisable. Des modèles scientifiques avaient envisagé cette

possibilité dans 10 ou 20 ans pour les modèles prédictifs les plus optimistes.

Alors se pose la question : qu’est ce qui fait courir plus vite !?

De nos jours il est classiquement admis que la performance en course à pied dépend de trois facteurs

essentiels :

- La VO2 max.(1)

- La FVO2 max.(2)

- L’économie de course

Dans le cas d’un athlète nous venons de voir que la VO2max et FVO2max ne sont pas les paramètres

déterminants, il reste donc l’Economie de course qui désigne le niveau d’énergie déployé pour une

vitesse de course donnée. Or ce paramètre est extrêmement variable d’un athlète à l’autre dans les

mêmes conditions de course. Une variation de quelques pourcents d’économie augmente les

chances de s’imposer en compétition. La sobriété est payante ! Augmentation des réserves de

carburant pour l’exercice, régulation thermique efficace, réserve de vitesse efficace, etc…

Chose extraordinaire, cette économie de course a tendance à s’améliorer avec l’âge et l’expérience.

Mais peut-elle se poursuivre indéfiniment ? Il semblerait que non selon les modèles expérimentaux

actuels et toutes les hypothèses optimistes ne sont que spéculatives. Les seuls paramètres objectifs

de nos jours permettant d’améliorer cette économie de course sont dans les modifications possibles

des conditions de l’effort notamment grâce aux nouvelles technologies.

Cette hypothèse s’est déjà observée dans d’autres sports où le génie des équipementiers à améliorer

la performance et l’économie d’effort ont fait leurs preuves : ski, tennis, saut à la perche,…


En matière de chaussures de marathon la conception a réalisé d’énormes progrès imposant des

changements de techniques de course et une optimisation des rendements et donc de la

performance.

Les records sont-ils dans les chaussures ?

Depuis plusieurs années tout a été revu dans une chaussure de course à pied. De nos jours on parle

d’amortissement, de rigidité, de twist, de drop, de poids. L’attention s’est récemment fixée sur le

poids grâce à l’utilisation de nouveaux matériaux afin de limiter l’effet de masse en course à pied.

Plus la chaussure est légère plus on court vite. Il semblerait que cela soit vrai mais il y a des facteurs

limitants et des modèles expérimentaux contradictoires. Une perte de poids implique une perte de

matière et donc une perte d’amortissement lors de l’attaque du talon sur le sol. Il fallait donc

modifier le drop afin de faciliter l’effet rebond et modifier la technique de course sur la partie du

médiopied. A ce petit jeu les prédictions de performances semblaient incroyables (le pourcentage

d’économie de course se traduit sur le pourcentage de performance en quantité égale). Or la relation

entre économie de course et performance n’est pas linéaire. On s’est rendu compte que le gain de

performance n’était que partiel (mais suffisant, environ 6%) pour des vitesses de course élevées

(moyennes de 20 km/h) et au contraire le gain était très faible voir pénalisant pour des vitesses de

course basses.

A priori, les chaussures ne feront pas de vous un athlète qui s’ignore, mais alors ? Quoi penser des

articles de compressions multiples qui fleurissent dans les rayons des magasins de sports et

largement représentés sur les différentes courses ?

Parallèlement à l’évolution des chaussures, les vêtements techniques compressifs (manchons,

cuissards, chaussettes) ont fait leur apparition, dans un premier temps pour la récupération, puis

pour la performance. L’utilisation de ces matériaux n’affecte en rien l’économie de course et n’ont

donc aucun effet sur la performance. De nos jours aucun lien objectif n’a été établi entre

compression et performance, du moins pour les taux de compression habituellement utilisés. Une

autre hypothèse a été soulevée en supposant un effet bénéfique sur les vibrations subies par les

muscles du mollet lors de la course et donc de retarder l’apparition de la fatigue musculaire.

Curieusement ce phénomène vibratoire n’est que peu présent au niveau des muscles des mollets en

action de course, le phénomène semble prédominant au niveau des muscles des cuisses et

notamment les quadriceps sur les amortissements en descente (trails : travail excentrique). Un effet

bénéfique sur l’apparition de la fatigue des quadriceps sollicités dans ces conditions semblerait

possible avec des taux de compressions élevées.

L’utilisation de ces textiles innovants, compressifs ont donc un effet réel sur le confort à l’effort et le

bien-être individuel (y compris le bien-être psychologique) plus que sur l’économie de course et sur

la performance.


Pour conclure si vraiment on peut conclure ce sujet à ce stade des évolutions technologiques dans le

monde sportif et notamment de la course à pied à des fins de performance, on peut

raisonnablement penser que l’on peut désormais aider un coureur à aller plus vite. On parle même

de dopage technologique car certaines évolutions permettent de dépasser les performances

physiologiques et/ou biomécaniques. Mais ne nous y trompons pas cela ne sera possible qu’au

niveau de l’Elite car ces évolutions technologiques ne pourront s’exprimer en termes de gain de

performance que dans des conditions optimales plurifactorielles.


En définitive n’est-il pas plus raisonnable de fixer son niveau de performance en fonction de ses

capacités, de ne pas sous-estimer la dimension du plaisir et du confort de sa performance et d’y

allouer les moyens raisonnables et nécessaires dans son entrainement et dans son équipement ?

Mais la nature humaine est ainsi faite que dans un objectif de performance tout est bon à prendre,

même ce qui n’a fait aucune preuve de son efficacité à ce jour.

Raison gardée et plaisir de se réaliser dans une épreuve que l’on a choisie et pour laquelle on y a

consacré le temps nécessaire à sa réussite.


Bon marathon !

Dr Eric PAREIN.

Médecin du Sport

www.centromedicocanyada-valencia.com


(1) Le Volume d'Oxygène Maximum (VO2max) est la quantité maximale

consomme lors d'un effort intense par unité de temps. Elle s'exprime en millilitres par

minute par kilo (ml/mn/kg) et peut aller de 20 à 95 ml/mn/kg


(2) C'est la cylindrée du sportif. La puissance critique représente la fraction d'utilisation

du VO2max, c'est-à-dire la capacité pour un sportif de soutenir un certain pourcentage de sa

puissance maximale, le VO2max.


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